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ITW : Le trac et autres surprises du mental chez les chanteurs 2/3

 

Pour parler de la confiance en soi dans la pratique du chant, j’ai invité Louny Bostok (psychologue et coach en santé relationnelle). Il entraîne les personnes timides ou maladroites à prendre confiance en elles et à maîtriser l’art de la conversation. Vous pouvez le retrouver sur http://la-conversation.com.

1/ Comment faire pour progresser dans sa confiance en soi ?

Les sources de la confiance en soi sont multiples. C’est un système de croyance fondé sur le cadre de référence,

  • la persuasion,
  • les aptitudes, 
  • l’état physiologique, 
  • l’état émotionnel.

Et un seul de ces domaines pour tout changer, il faut donc travailler les quatre !

Je propose dans ma méthode une stratégie en 30 exercices à réaliser sur le long-terme (tout au long de l’année), sur le court-terme (à l’approche de l’événement) et sur le moment présent ! Ces trois temporalités aident à se construire une confiance en soi forte et résistante ! C’est cela qui permet de basculer sur une expérience positive ! Chaque personne peut identifier ses exercices favoris après les avoir testés pour les privilégier en fonction de sa personnalité.

De façon générale, il est toujours intéressant de commencer par une introspection. Que me dit la petite voix intérieure qui me fait peur lorsque je m’imagine en train d’agir ? Écouter cette petite voix permet de mieux cibler le niveau d’intervention et les éléments à travailler. Si j’ai peur d’oublier mon texte, je multiplierai mes répétitions. Si j’ai peur d’une voix en mauvaise forme, je songerai à bien m’hydrater, si j’ai peur de tomber, je m’ancrerai mieux au sol, etc.

2/ Il y a des moments où la peur du jugement peut prendre le contrôle d’un individu. Comment se soustraire de l'influence du regard des autres sachant que l’on chante pour eux ?

En effet, cette peur touche tout le monde : pendant des centaines de milliers d’années, le rejet d’une tribu signifiait la solitude face aux prédateurs sauvages et engageait la mort. Cette peur du regard,du jugement et du rejet s’est donc inscrite en nous. Nous sommes des êtres sociaux par excellence. Dans le contexte ou l’on prend la parole en public, on appelle cette peur la glottophobie !

L’idée n’est pas de se soustraire au regard des autres, ni même à son influence, car comme tu le dis, les chanteurs chantent aussi pour leur public et les retours du public peuvent constituer une grande source de gratification, d’encouragement, de plaisir et de motivation. Il s’agit plutôt de changer le sens de cette influence. Comment ? En apprenant à mieux connaître son public, en se rapprochant de lui pour faire naître une complicité rassurante. En se présentant pour ce que l’on est, ni plus ni moins, ce qui diminue la pression (à l’inverse certains aiment jouer un rôle, cela fait partie de ces différences de personnalité que j’évoquais plus haut). En prenant conscience de ses propres qualités extérieures et en apprenant à les apprécier. Et enfin en cessant d’être trop focalisé sur soi-même pour penser d’abord à la musique et au public !

3/ Un problème récurrent chez les chanteurs est le manque de maîtrise de leur voix, dû à une mauvaise technique vocale (la peur de chanter faux, la peur des notes aigus etc... ). Est ce possible de développer de l'assurance avec une mauvaise technique vocale ?

Avant de pouvoir marcher, un bébé tombe cent fois au moins ! Mais il se relève toujours, réessaye cent une fois, et réussit ! Il ne se dit pas au bout de la 50e chute : “bon, peut-être que ce n’était pas pour moi !” Il faut donc travailler ce rapport à l’échec.

L’échec n’est pas le bout de la course. C’est un processus normal et même nécessaire dans la plupart des apprentissages. L’échec est une étape clé. L’échec est source d’information. C’est lui qui favorise la réajustement pour travailler sa technique au plus juste et cheminer vers la performance !

Il ne faut pas arriver et se concentrer uniquement sur la prouesse des meilleurs. Certains débutent officiellement le chant et semblent naturellement doués, mais cela peut être l’aboutissement d’un préapprentissage invisible (comme environnement familial qui a sensibilisé très tôt leur oreille musicale ou accélérer leur progrès en chant). Il faut donc accepter de progresser à son rythme, en donnant le meilleur de soi-même. Comme dans beaucoup d’apprentissage, une humilité raisonnable protège l’ego. Elle permet d’accepter les conseils, de persister et mène souvent plus loin qu’un excès de fierté qui conduit vite à l’abandon dès premières déceptions.

4/ Comment gérer le trac ?

Le trac est un manque de confiance en soi à court-terme (juste avant un événement important), voir sur le moment présent ! Reprenons la méthode dont je parlais (que j’ai d’ailleurs intitulée la Méthode TRAC, pour m’amuser 🙂 ).

Dans la méthode TRAC, on se souvient des sources de la confiance en soi. L’une d’entre elle concerne les aptitudes : mais vos aptitudes ne changent pas si vite, votre savoir-chanter est acquis durablement, il ne vous quitte pas. Ce sont les trois autres sources de la confiance en soi qu’il faut alors actionner : le cadre de référence, la persuasion et l’état physiologique et émotionnel.

Le cadre de référence. Pour comprendre ça, imaginez que depuis votre naissance, vos parents aient eu la phobie des araignées. Des cris chaque fois qu’ils en aperçoivent une, la panique, la maison sans dessus dessous pour y échapper. Quel rapport aux araignées auriez-vous ? De la même façon, les exemples de chanteurs que vous connaissez et leur rapport à la scène conditionnent votre propre confiance en vous. Si vous vous tournez vers des chanteurs confiants, vous pourrez plus facilement vous en inspirer par l’observation de leur attitude. On appelle ça l’apprentissage vicariant. D’autre part, à l’approche de votre événement, il est possible que vous ressentiez une certaine anxiété. Or la coloration positive ou négative de vos émotions active en vous des souvenir de la même couleur. Si vous êtes triste, vous vous souviendrez plus facilement d’événements tristes. Si vous êtes anxieux aussi et il est probable que d’autres souvenirs un peu négatifs vous viennent automatiquement à l’esprit, qui à leur tour justifieront l’anxiété. Il faut enrayer ce processus et refocaliser de façon volontaire son attention sur des souvenirs heureux de réussite passée ! C’est ainsi, avec ces deux techniques, qu’on diminue l’intensité du trac. Le simple fait de penser à des choses agréables ou même au mot “calme” peut apaiser grandement l’état d’esprit.

Nous pourrons reparler de la persuasion et de l’état physiologique et émotionnel lors de notre rencontre le 27 mars !

5/ Le trac est un des aspects les plus connus chez les chanteurs, mais peux tu me parler des autres désagréments, d'ordre mental, qui peuvent gêner un chanteur ?

C’est vrai qu’il faut prendre soin d’un certain nombre de facteurs mentaux pour optimiser sa performance. Là tout de suite, j’ai tendance à penser aux conseils de base que j’offre à mes clients pour être plus efficaces dans leurs relations et améliorer la qualité de leur conversations.

L’énergie. La chose la plus essentielle est l’énergie ! Un chanteur qui n’aurait pas d’énergie, n’en transmettrait pas à son public et cela serait une catastrophe pour son image. L’énergie met en relief la présence du chanteur ! Elle ouvre l’esprit, elle rend plus réceptif, plus compréhensif, plus créatif ! D’une journée à l’autre, on peut être deux personnes totalement différentes, selon que l’on a ou non un bon niveau d’énergie ! Notre humeur, nos choix, nos attitudes, tout change ! Sur mon blog, je donne un certain nombre de conseils pour avoir une bonne énergie, notamment en termes d’hygiène de vie, d’activité, d’alimentation, de sommeil.... Ceux qui s’y intéressent peuvent s’abonner à ma newsletter sur le site http://la-conversation.com !

La personnalité. Sur un autre registre, qui sort du cadre de la confiance en soi, il me semble fondamental pour un artiste de se distinguer, d’avoir sa propre patte artistique, son style bien à lui ! Cela passe nécessairement par le fait de cultiver sa personnalité, jour après jour ! C’est un élément qu’on néglige souvent, et pourtant très apprécié par le public. Cela dit de nombreux chanteurs éprouvent de vraies difficultés à développer leur style à eux, mais je sais que tu proposes une méthode particulière pour cela…

Le rapport au public. Il existe aussi les enjeux de la relation au public.Comment se positionner (où se placer entre l’abnégation et le narcissisme, etc.) ? Comment le percevoir ? Comment les comprendre ? Comment leur parler ? Comment se connecter à eux ? Comment les toucher ? Comment leur renvoyer une image d’eux valorisante pour qu’ils aiment s’identifier à vous ? Etc. Étrangement, les gens du marketing et de la relation client s’appuient sur la psychologie sociale pour faire tout cela et sont brillants dans ce domaine.J’aurais tendance à puiser mes conseils dans ces deux disciplines pour conseiller quelqu'un qui a déjà pour lui sa passion et qui veut consolider son image pour grandir et s’exporter !

En fait, les domaines d’application de la psychologie au chant sont presque illimités. C’est pour ça que les grands chanteurs internationaux disposent d’un coach pour chaque chose !

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Sylvère Ferga